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Nous sommes en 1997. Charles Beigbeder, qui est en train de monter le
courtier en ligne Self Trade, ne parvient pas à trouver son premier million
de francs. C'est un Milanais qui va lui sauver la mise. Passionnés
d'Internet, Michele Appendino et son complice, Fausto Boni,
viennent tout juste de monter le fonds d'amorçage Net Partners et lui
apportent 300.000 euros. "Self Trade était une vraie start-up. On faisait
notre conseil d'administration à trois, dans une pièce vide, autour d'une
table que Charles avait apportée de sa maison", se souvient Michele
Appendino. A l'époque, les deux Italiens se déplacent en tenant serrés
les cordons de leur bourse, dorment chez des amis à l'étranger, portés par
la conviction que "les services ne sont pas efficaces en Europe, il est
possible de les améliorer grâce à Internet et de créer de la valeur",
résume Michele Appendino.
Agés d'une trentaine d'années, les deux Italiens viennent de quitter
McKinsey, où ils ont passé quatre ans après avoir transité par l'Insead et
ont monté leur premier fonds en levant 25 millions d'euros. Michele
Appendino, blond, aux manières douces et réservées, est parfaitement
quadrilingue. Moins tranchant que Fausto Boni, il peut être extrêmement
direct si quelque chose lui déplaît. C'est un homme "qui se fait sa propre
opinion sur les choses, et qui n'est pas esclave du marché", remarque Marc
Mayor, PDG de bfinance.fr, un site pour les trésoriers d'entreprise dans
lequel Net Partners a investi. "A l'époque ce n'était pas facile de lever
un fonds d'amorçage. Il fallait vraiment avoir une vision. Michele est
un pionnier en Europe", insiste Julie Meyer, la cofondatrice du réseau
First Tuesday. "Ce sont les premiers en Europe à avoir compris que les
services sur Internet allaient se développer, contrairement à beaucoup
d'investisseurs qui cherchaient toujours des brevets", remarque Charles
Beigbeder.
Modestement, Michele Appendino explique qu'il a compris que
l'heure était venue de se concentrer sur la vieille Europe. "Notre
stratégie était simple. On regardait les concepts qui fonctionnaient aux
Etats-Unis et on essayait de les reproduire en Europe, plutôt dans le
domaine des services et des transactions électroniques et avec une volonté
de les développer de façon paneuropéenne", raconte-t-il. Pourtant, fin
1997, se souvient-il, le climat semblait peu propice. "C'est un peu comme
celui que nous vivons aujourd'hui, tout prêtait à douter." A l'époque,
l'opérateur MCI décide d'arrêter son portail de commerce électronique, AOL
ne parvient pas à faire de marges et son modèle peine à convaincre, tandis
qu'IBM ferme sa vitrine de grand magasin sur Internet, World Avenue.
Néanmoins, dans le milieu des consultants internationaux, très influencé par
la scène américaine et l'explosion des "dot-coms" en Californie, les idées
de start-up commencent à foisonner. Mais les fonds d'amorçage sont
inexistants, tandis que les marchés boursiers européens s'organisent à peine
pour accueillir ce nouveau type de valeurs Internet. Cela n'arrête pas les
deux Italiens. "Nous étions fascinés par le capital-risque américain,
explique Michele Appendino. Au départ, nous voulions faire un
incubateur, mais il y avait tellement d'affaires sur le marché qu'on s'est
décidé pour faire du capital d'amorçage."
QXL, la plus belle réussite
Grâce à leurs réseaux cultivés avec soin depuis l'Insead et McKinsey, les
fondateurs de Net Partners ont connaissance d'un grand nombre de projets.
Aux avant-postes, ils ont investi, principalement en 1998, dans des start-up, dont la plus connue est le site britannique de ventes aux enchères QXL. Les deux associés témoignent d'un goût prononcé pour les sociétés françaises comme ChateauOnline, Net4Music, qui a fusionné avec l'américain Coda, ou encore bfinance.fr. En tout, treize investissements, dont certains ont rapporté largement plus de cinquante fois la mise. Self Trade est sur le point d'être cédé à l'allemand DAB AG pour environ 772 millions d'euros.
Quant à QXL, il a été valorisé lors de son introduction en Bourse à plus de
350 millions d'euros. "Le parcours de Net Partners est exceptionnel. Ils ont commencé plus tôt que les autres et ont eu plus de réussite que beaucoup", remarque Marc Mayor.
Michele Appendino et Fausto Boni tentent aujourd'hui de rééditer
la performance. Net Partners a levé en juin dernier un deuxième fonds, cette
fois de 190 millions d'euros. Le groupe de Agostini (actionnaire de Seat
Pagine Galle) y a investi. JP Morgan, Bank of Boston et Unicredito
également. "Notre premier fonds était trop petit pour qu'on puisse amorcer
une start-up et la mener jusqu'à son introduction en Bourse. Avec ce nouveau
fonds, nous allons poursuivre une stratégie similaire au premier, mais avec
davantage de puissance", assure Michele Appendino. Il ne prévoit pas de dépasser la vingtaine d'investissements, toujours dans l'amorçage ou le premier tour.
Quatre créneaux sont visés: les services financiers, les services qui
apportent du support ou de la logistique aux sites qui font du commerce sur
le Web, les start-up Internet pourvu qu'elles deviennent profitables après
le tour de financement, et les technologies qui permettent le développement
de nouveaux services comme le sans-fil. La recette pour réussir? "Il faut
faire très attention à ne pas investir sur du sentiment", assure
Michele Appendino.
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