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Les Echos n° 18277 du November 13rd, 200 - p. 114
ECHOS.NET: START-UP


Nous sommes en 1997. Charles Beigbeder, qui est en train de monter le courtier en ligne Self Trade, ne parvient pas à trouver son premier million de francs. C'est un Milanais qui va lui sauver la mise. Passionnés d'Internet, Michele Appendino et son complice, Fausto Boni, viennent tout juste de monter le fonds d'amorçage Net Partners et lui apportent 300.000 euros. "Self Trade était une vraie start-up. On faisait notre conseil d'administration à trois, dans une pièce vide, autour d'une table que Charles avait apportée de sa maison", se souvient Michele Appendino. A l'époque, les deux Italiens se déplacent en tenant serrés les cordons de leur bourse, dorment chez des amis à l'étranger, portés par la conviction que "les services ne sont pas efficaces en Europe, il est possible de les améliorer grâce à Internet et de créer de la valeur", résume Michele Appendino.

Agés d'une trentaine d'années, les deux Italiens viennent de quitter McKinsey, où ils ont passé quatre ans après avoir transité par l'Insead et ont monté leur premier fonds en levant 25 millions d'euros. Michele Appendino, blond, aux manières douces et réservées, est parfaitement quadrilingue. Moins tranchant que Fausto Boni, il peut être extrêmement direct si quelque chose lui déplaît. C'est un homme "qui se fait sa propre opinion sur les choses, et qui n'est pas esclave du marché", remarque Marc Mayor, PDG de bfinance.fr, un site pour les trésoriers d'entreprise dans lequel Net Partners a investi. "A l'époque ce n'était pas facile de lever un fonds d'amorçage. Il fallait vraiment avoir une vision. Michele est un pionnier en Europe", insiste Julie Meyer, la cofondatrice du réseau First Tuesday. "Ce sont les premiers en Europe à avoir compris que les services sur Internet allaient se développer, contrairement à beaucoup d'investisseurs qui cherchaient toujours des brevets", remarque Charles Beigbeder.

Modestement, Michele Appendino explique qu'il a compris que l'heure était venue de se concentrer sur la vieille Europe. "Notre stratégie était simple. On regardait les concepts qui fonctionnaient aux Etats-Unis et on essayait de les reproduire en Europe, plutôt dans le domaine des services et des transactions électroniques et avec une volonté de les développer de façon paneuropéenne", raconte-t-il. Pourtant, fin 1997, se souvient-il, le climat semblait peu propice. "C'est un peu comme celui que nous vivons aujourd'hui, tout prêtait à douter." A l'époque, l'opérateur MCI décide d'arrêter son portail de commerce électronique, AOL ne parvient pas à faire de marges et son modèle peine à convaincre, tandis qu'IBM ferme sa vitrine de grand magasin sur Internet, World Avenue.
Néanmoins, dans le milieu des consultants internationaux, très influencé par la scène américaine et l'explosion des "dot-coms" en Californie, les idées de start-up commencent à foisonner. Mais les fonds d'amorçage sont inexistants, tandis que les marchés boursiers européens s'organisent à peine pour accueillir ce nouveau type de valeurs Internet. Cela n'arrête pas les deux Italiens. "Nous étions fascinés par le capital-risque américain, explique Michele Appendino. Au départ, nous voulions faire un incubateur, mais il y avait tellement d'affaires sur le marché qu'on s'est décidé pour faire du capital d'amorçage."

QXL, la plus belle réussite

Grâce à leurs réseaux cultivés avec soin depuis l'Insead et McKinsey, les fondateurs de Net Partners ont connaissance d'un grand nombre de projets.
Aux avant-postes, ils ont investi, principalement en 1998, dans des start-up, dont la plus connue est le site britannique de ventes aux enchères QXL. Les deux associés témoignent d'un goût prononcé pour les sociétés françaises comme ChateauOnline, Net4Music, qui a fusionné avec l'américain Coda, ou encore bfinance.fr. En tout, treize investissements, dont certains ont rapporté largement plus de cinquante fois la mise. Self Trade est sur le point d'être cédé à l'allemand DAB AG pour environ 772 millions d'euros.
Quant à QXL, il a été valorisé lors de son introduction en Bourse à plus de 350 millions d'euros. "Le parcours de Net Partners est exceptionnel. Ils ont commencé plus tôt que les autres et ont eu plus de réussite que beaucoup", remarque Marc Mayor.

Michele Appendino et Fausto Boni tentent aujourd'hui de rééditer la performance. Net Partners a levé en juin dernier un deuxième fonds, cette fois de 190 millions d'euros. Le groupe de Agostini (actionnaire de Seat Pagine Galle) y a investi. JP Morgan, Bank of Boston et Unicredito également. "Notre premier fonds était trop petit pour qu'on puisse amorcer une start-up et la mener jusqu'à son introduction en Bourse. Avec ce nouveau fonds, nous allons poursuivre une stratégie similaire au premier, mais avec davantage de puissance", assure Michele Appendino. Il ne prévoit pas de dépasser la vingtaine d'investissements, toujours dans l'amorçage ou le premier tour.

Quatre créneaux sont visés: les services financiers, les services qui apportent du support ou de la logistique aux sites qui font du commerce sur le Web, les start-up Internet pourvu qu'elles deviennent profitables après le tour de financement, et les technologies qui permettent le développement de nouveaux services comme le sans-fil. La recette pour réussir? "Il faut faire très attention à ne pas investir sur du sentiment", assure Michele Appendino.

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